Bail commercial : pourquoi surveiller le cap des 12 ans ?

Bail commercial : le douzième anniversaire peut changer la donne

La plupart des baux commerciaux sont conclus pour une durée de neuf ans. Pourtant, ce n’est souvent qu’après cette échéance que les enjeux les plus importants apparaissent. Tacite prolongation, déplafonnement du loyer, renouvellement du bail et délais de prescription : le cap des 12 ans mérite une vigilance particulière tant pour les locataires que pour les propriétaires.

Un bail qui ne s’arrête pas nécessairement au bout de 9 ans

Contrairement à une idée reçue, un bail commercial ne prend pas automatiquement fin à l’issue de sa durée contractuelle.

Lorsque ni le bailleur ni le locataire ne prennent l’initiative de solliciter le renouvellement ou de délivrer congé, le bail se poursuit dans le cadre d’une tacite prolongation.

Pendant cette période, l’exploitation continue normalement et les relations entre les parties se poursuivent sans modification apparente. Pourtant, le temps qui passe peut avoir des conséquences importantes sur la fixation future du loyer.

Déplafonnement du loyer d’un bail commercial : comprendre le seuil des 12 ans

L’article L.145-34 du Code de commerce prévoit que lorsque la durée effective du bail dépasse 12 ans par l’effet de la tacite prolongation, le mécanisme habituel de plafonnement du loyer peut être écarté lors du renouvellement.

Dans cette situation, le loyer du bail renouvelé peut être fixé à la valeur locative du marché.

Selon l’évolution du secteur, de l’environnement commercial ou de l’attractivité de l’emplacement, l’écart entre le loyer plafonné et la valeur locative peut parfois être significatif.

Une vigilance nécessaire pour les locataires

Pour le locataire, l’anticipation est souvent essentielle.

Une demande de renouvellement présentée avant le franchissement du seuil des 12 ans permet généralement de conserver le bénéfice du plafonnement légal du loyer.

La date d’effet du bail, les éventuels avenants et la situation exacte du contrat doivent donc être examinés avec attention plusieurs mois avant les échéances importantes.

Les bailleurs doivent également surveiller les délais

La situation ne concerne pas uniquement les locataires.

Même lorsqu’un déplafonnement est envisageable, le propriétaire ne dispose pas d’un délai illimité pour agir.

La Cour de cassation rappelle régulièrement que l’action visant à faire fixer judiciairement le loyer du bail renouvelé est soumise à une prescription de deux ans à compter de la prise d’effet du renouvellement.

Passé ce délai, la possibilité d’obtenir judiciairement un loyer déplafonné peut être perdue.

Une question juridique mais aussi stratégique

Le renouvellement d’un bail commercial ne doit jamais être abordé comme une simple formalité administrative.

L’analyse de la durée effective du bail, des conditions économiques du marché et des objectifs des parties permet souvent d’anticiper les conséquences financières d’un renouvellement.

Pour les investisseurs, propriétaires et exploitants, la maîtrise du calendrier constitue bien souvent un enjeu aussi important que la connaissance des règles juridiques elles-mêmes.

À retenir

Le cap des 12 ans constitue une échéance majeure dans la vie d’un bail commercial. Locataires comme bailleurs ont intérêt à anticiper cette étape afin de sécuriser leurs intérêts et éviter les mauvaises surprises liées au renouvellement du bail ou à la fixation du loyer.


Sources :

  • Article L.145-34 du Code de commerce
  • Cass. 3e civ., 20 octobre 2016, n°15-19.940
  • Cass. 3e civ., 20 mai 2021, n°20-10.905

 

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